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Var-Matin
Actualité Golfe de Saint Tropez
dimanche 27 avril 2008

Saint-Tropez : Témoigner pour transmettre

 Victor Récupéro a raconté à des lycéens comment enfant, il a échappé à la déportation.  :  Photo Luc Boutria Victor Récupéro a raconté à des lycéens comment enfant, il a échappé à la déportation. : Photo Luc Boutria

L'histoire que conte Victor Récupéro est à la fois très dure et « personnelle ». « C'est quelque chose que l'on a en soi pour toujours » dit-il. Cette chose l'a marqué à vie. Séquelles physiques comme des crises d'épilepsie ou morales, comme ces angoisses et souvenirs qui surgissent parfois du passé tels des fantômes. Pourtant Victor a eu longtemps du mal à parler, par peur de passer pour un menteur, pour un « comédien ». Récemment, il a rencontré une classe du lycée du golfe et son témoignage a eu un impact très fort. Le voici :

En février 1943, il a 6 ans. à Grenoble, la milice et les Allemands raflent les juifs. Il est alors emmené, avec ses parents, vers la gare de triage de Compiègne. Sur le chemin du train, ses parents lui ordonnent de s'échapper.

Voyage d'un mois vers l'Isère

Le petit garçon, qu'il décrit comme « dégourdi », fuit et rencontre un cheminot qui le cache dans une guérite. « Ne bouge pas, on viendra te chercher ce soir » sont ses seules consignes. L'attente est longue mais un couple de maquisards le récupère plusieurs heures plus tard. Dans un sac tyrolien aménagé de deux trous pour y passer les jambes, Victor parcourt, sur le dos de son sauveur, le trajet qui le sépare de l'Isère. Un mois de voyage nocturne pour atteindre Pont-de-Beauvoisin.

Là, le maire puis un couple, les Neyton, le prendront sous leurs ailes. « J'avais une fausse carte de rationnement pour la nourriture et, jusqu'à la fin de la guerre, j'ai grandi avec ces parents et celui que j'appelle mon demi-frère... »

Après la guerre, il retourne à Grenoble chercher ses parents. Mais il est pris dans la rue et envoyé dans une maison de correction. « À l'époque, des flics, qu'on surnommait les hirondelles, prenaient les enfants des rues et les mettaient dans ce centre... La vie y était très dure, on ne mangeait pas toujours... »

Direction Toulon

Le couple Neyton revient le chercher et l'amène à Toulon. Sa vie retourne à la normale, il passe un CAP de pâtissier et fait le Tour de France. Pour une saison, il s'installe à Saint-Tropez. Entré au service de Sénéquier en 1959, il y restera quarante-deux ans, jusqu'à la retraite qu'il passe ici. Membre de la fédération nationale des déportés et internés résistants et patriotes, il assiste aux cérémonies en tant que porte-drapeau, reconnu dans ce rôle par le ministère de la défense.

De ses parents, Victor saura qu'ils ont disparu à Büchenwald ou Dachau, mais cela reste un mystère. « Il fallait chercher après guerre mais j'avais retrouvé mes trois frères et on avait déjà du mal à manger... » Du cheminot qui l'a caché ou du couple de résistants qui l'a transporté, Victor n'a jamais eu aucune nouvelle « mais pour moi, ils sont morts ».

Aujourd'hui les souvenirs, les émotions « reviennent de temps en temps » et s'il pouvait comparer, ce serait avec la situation des soldats en Afghanistan ou en Irak « qui craignent constamment pour leur vie. » À tel point que 65 ans après, Victor « n'a pas oublié et n'oubliera jamais ».

laura fournier

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