« J'espère que si aucune preuve n'est trouvée, si le trafic n'est pas avéré, les médias français le diront avec autant de force. Sinon, on rentrera en Chine avec un diplôme de l'université du Sud Toulon-Var dévalorisé. » : Photo Dominique Leriche De passage à Toulon, alors qu'il effectue actuellement un stage à Pékin, Fei Wu, le représentant des étudiants chinois de l'Université du Sud Toulon-Var, a accepté de répondre à nos questions.
Après six ans et demi passés sur le campus de La Garde, cet étudiant en master 2 d'Ingémédia maîtrise parfaitement la langue de Molière. Dans un français châtié, il nous confie ses doutes quant à l'existence d'un trafic de diplômes organisé.
Croyez-vous à un trafic organisé au bénéfice de vos compatriotes ?
« Non. Je ne connais personne autour de moi qui a acheté ou tenté d'acheter son diplôme. Comme n'importe quel autre étudiant, les Chinois passent leurs examens, obtiennent de bonnes ou de mauvaises notes. Pour ma part, ça m'est arrivé de devoir passer un examen de rattrapage. Si on voulait acheter notre diplôme, on le ferait en Chine. Pourquoi s'embêterait-on à passer le test de français dans notre pays, puis à venir en France ? »
Certains professeurs affirment pourtant que leurs étudiants chinois ne comprennent pas le français.
« En France, les cours sont dynamiques. De nature plutôt timide, discrète, les Chinois hésitent à répondre en français, qui n'est pas leur langue maternelle.
Du coup, les professeurs peuvent en déduire que leur niveau est très faible. Je ne nie pas non plus que certains de mes compatriotes puissent éprouver quelques difficultés à suivre. Mais à force de beaucoup de travail à la maison, rien ne les empêche de réussir leurs examens à l'écrit. »
Vous réfutez les tentatives de corruption évoquées notamment par le directeur de l'IAE ?
« Non. Je ne nie pas qu'un ou deux Chinois aient pu être tentés d'acheter leur diplôme. Mais encore une fois, je vous le répète, je n'en connais pas dans mon entourage. »
Vous rentrez de Chine. Les soupçons sur un éventuel trafic de diplômes à l'USTV sont-ils arrivés jusque là-bas ?
« Absolument. On trouve en Chine des traductions des articles parus dans la presse française, et je peux vous dire que les étudiants chinois de l'USTV, actuellement en stage en Chine, sont très mal. Mon responsable de stage n'a pas manqué de m'interroger sur ce dossier. Je lui ai expliqué et il m'a cru.
J'espère que si aucune preuve n'est trouvée, si le trafic n'est pas avéré, les médias français le diront avec autant de force.
Sinon, on rentrera en Chine avec un diplôme de l'USTV dévalorisé. »
Pensez-vous qu'en réaction, les étudiants chinois vont bouder l'USTV ?
« Je ne sais pas. Il faudra attendre le mois de septembre pour avoir une idée. Mais très honnêtement, je ne le crois pas. L'USTV constitue pour nous une très bonne occasion d'étudier à l'étranger.
Cet aspect prendra certainement le dessus sur la mauvaise image actuelle de l'université. Je suis persuadé qu'on continuera à venir étudier ici. »
Connaissez-vous le site www.france163.com, qui propose des faux diplômes universitaires français ?
« Non. (On lui soumet alors une copie de la transcription du « chat » entre un certain Shuang et un ingénieur de centre de ressources informatiques de l'USTV).
Ce n'est pas un Chinois qui répond. Je comprends ce qu'il veut dire, mais c'est un peu n'importe quoi. Vous savez, ce n'est peut-être qu'une escroquerie.
On paye et, en échange, on ne reçoit jamais de diplôme. Ce n'est pas propre à la Chine. »