A droite comme à gauche, l'investiture d'un grand parti fait de moins en moins recette. : Sophie Donsey Candidat encarté souhaite désormais le faire oublier... Jamais les étiquettes et, donc, les partis politiques, n'auront été si peu affichés que durant cette campagne électorale. Une droite qui redoute la politisation d'un scrutin local, une gauche parfois peu encline à se dévoiler en terres hostiles ou contrainte d'adapter ces listes à cette vérité électorale, un reflux général du politique dans le Var, les aléas de l'ouverture... autant de signes qui expliquent ce regain de passion pour la neutralité.
MUNICIPALES Rejet du politique, crainte de la « nationalisation » du scrutin, impératifs sociologiques... beaucoup de listes refusent d'être situées sur l'échiquierIl y a quelques semaines, plusieurs candidats soutenus par l'UMP menaçaient même de représailles juridiques quiconque leur collerait une étiquette. Celle du président de la République, il est vrai, n'a plus tout à fait la cote. L'érosion de la confiance à l'égard de Nicolas Sarkozy se traduit même désormais chez les sympathisants. Et donc aussi chez des candidats, qui redoutent d'éventuels effets collatéraux.
Petites communes : tradition apolitique
Même le très neutre « divers-droite » semble inquiéter, phénomène plus sensible encore dans de petites communes, où une réelle tradition apolitique survit. Ainsi, des maires sortants, comme Patrick Astesana à Pignans ou Robert Poilpret à Nans-les-Pins, exigent d'être identifiés « sans étiquette », en dépit du soutien officiel que leur a offert l'UMP. Deux mairesses, Raymonde Hugonnier à Evenos et Christine Amrane à Collobrières, ont, de même, pris leurs distances avec cette offre de service.
Les étiquettes disparaissent parfois aussi des grandes villes et de la campagne des leaders politiques. Lors de sa récente visite à Toulon, Ségolène Royal a d'ailleurs raillé la discrétion partisane d'Hubert Falco, président varois de l'UMP. « Pour faire ainsi disparaître les photos de Nicolas Sarkozy, il faut vraiment ne pas être fier de ce qui est fait au niveau national » a fustigé la candidate.
Souvent attaqué sur ce front, le sénateur-maire de Toulon explique, sans jamais varier, que ce scrutin n'est que local, que « Delanoë ne fait pas campagne pour le PS à Paris, mais pour sa ville ». La volonté très marquée de la droite parlementaire d'éviter une confusion des scrutins recoupe, en plus, une réelle tradition locale. Ainsi, auto-baptisée « majorité départementale », l'équipe dirigeante du conseil général du Var affiche rarement son ancrage à droite.
Et puis, les effets de « l'ouverture » permettent parfois d'entretenir le flou. On ne compte plus les candidats, d'une tendance ou de l'autre, expliquant que leur équipe « mêle toutes les sensibilités ». D'ailleurs jusqu'au risque de confusion (lire ci-dessous).
MoDem et PS parfois tout aussi discrets
Bien que majoritaire en ce domaine, l'UMP n'est toutefois pas seule à ranger les drapeaux. À Sanary, le maire sortant reste ainsi discret, voire distant de son étiquette MoDem, parti qu'il préside pourtant dans le Var. Aucune mention politique n'est faite dans le programme que Ferdinand Bernhard distribue aux électeurs.
La gauche, elle-même, préfère parfois rester évasive. « C'est pourtant le moment de s'afficher » regrette le PS, qui espère profiter d'un vote sanction contre l'UMP. Mais dans les villages, ses candidats sont contraints de bâtir des listes qui respectent la sociologie locale : leurs recrues issues de milieux différents ne souhaitent pas apparaître derrière une bannière.
À Garéoult, par exemple, Bernard Fontaine insiste sur la nature « sans étiquette » de sa liste. Pourtant, cet élu est un socialiste historique, exerçant les fonctions de secrétaire fédéral du PS. À Ramatuelle, Roland Bruno souhaite aussi rester neutre, à l'écart de sa sensibilité personnelle de gauche. Du côté de Saint-Cyr, le président du parti radical de gauche, Christian Peyre, a même inventé un nouveau positionnement politique : divers gauche-divers droite.